
- Excusez-moi tout le monde !
Le silence s’abat brusquement sur la foule qui se tourne vers
moi. L’espace de quelques secondes, je me demande pourquoi,
puis ça me revient. C’est moi qui viens de crier. Je fais
quelques pas, me plante devant mes parents, et comme lorsque
j’avais seize ans et que je me révoltais contre
l’injustice qui me privait d’une sortie au Tender Bar
avec mon copain du moment parce qu’il y avait école le jour
d’après, je fais ma rebelle.
- Bordel de Dieu, est-ce que quelqu’un pourrait me dire ce
qui se passe ici ?
J’offusque au passage Madame et Jackson, tandis que ma mère
fait la grimace. Elle n’aime pas quand je suis grossière, je
le sais, c’est pour ça que je le suis quand je suis
énervée.
- Ma chérie, tout va bien, ce sont Carlisle et Richard Anderson,
nos voisins à Burtrum !
- Merci, j’avais compris, dis-je sèchement. Y avait
qu’eux pour oser m’appeler Saminette après avoir pris
une baffe !
Ah, douce époque de l’enfance…
- Flatté que tu te souviennes de nous, lance Carlisle.
- J’aurais préféré me briser la jambe que de vous revoir
!
Tac au tac, allez ma fille, te laisse pas faire ! Derrière moi,
Jackson se fait tout petit. Il faut dire qu’il m’a
rarement vu dans cet état. Je crois que je lui ai toujours caché ce
côté un peu Tom Boy, je ne suis pas forcément super fière
d’avoir été, il n’y a pas si longtemps encore, très
garçon manqué.
En plus, comme je l’ai dit précédemment, j’ai mal à la
tête, donc je suis mauvaise, et en plus je suis en colère, ce qui
me rend teigne ! Pas du tout agréable à vivre, je peux vous le
dire. Même Buck va se planquer quand j’ai une aura
électrique.
- Oh, Saminounette, ce n’est pas gentil de dire ça à de vieux
amis !
- Maman, s’te plait, tu peux éviter les surnoms en « ette »
quand je suis en train de faire ma crise ? Ça fait vraiment pas
crédible, et franchement, c’est pas cool du tout à vingt-huit
ans de se faire appeler ainsi par sa mère.
- Sammy, reprend ma mère, plus sérieuse. Tu pourrais être plus
aimable avec eux, après tout, c’est toi qui les as invités
!
- De quoi ? Mais j’ai jamais fait ça ! J’ai invité que
des amis d’ici, des amis récents, des amis à qui je tiens
vraiment, dis-je en insistant bien sur la dernière phrase.
- Mais… S’étonne maman en se tournant vers eux. Ils
m’ont dit…
- Désolé, M’dame, s’excuse alors Carl. On vous a un
petit peu menti pour pouvoir entrer dans l’église, étant
donné que les portes étaient fermées de l’intérieur, fallait
que quelqu’un nous ouvre…
- On a eu votre numéro par votre mari, on l’a appelé il y a
quelques jours et on a appris la nouvelle.
- Comme on savait qu’il n’aurait pas son téléphone sur
lui, on avait prévu ce petit plan pour venir…
- Et pour récupérer Sam avant qu’elle ne commette la plus
grosse bévue de sa vie.
- Elle s’en serait voulue toute sa vie, insiste Carl.
- C’est vrai, surtout après la promesse qu’elle nous a
fait.
- Mais quelle promesse ? S’emporte alors Madame, qui
n’a pas dit un mot jusque-là
- Celle de nous épouser tous les deux avant ces trente ans,
répondent en chœur les jumeaux.
Ah, je crois que mon cœur vient de s’arrêter de battre.
Fin de l’histoire.





