
Le pire
dans l’histoire ?
Je ne me
suis jamais sentie aussi soulagée de ma vie qu’à cet instant
précis. Je ne sais pas qui sont ces deux individus, mais je les
remercie du fond du cœur d’avoir interrompu ainsi la
cérémonie. Je vous passe le scandale, pas la peine de partir dans
les détails. Invités outrés, ex-future belle-mère déchaînée,
Jackson décomposé, curé choqué, individus inconnus satisfaits et
moi rassurée. Ça vous va ? Dans la demi-heure, tout le monde
part, vexé d’être venu pour rien, car du coup il n’y a
eu ni cérémonie, ni mariage, ni banquet ni fête. Adios les
pique-assiettes, et bien le bonjour chez vous surtout.
Une heure
après, je suis à nouveau en pull-jean-converse (ô bonheur, des
chaussures plates !) et pas loin du moment où je vais pouvoir
m’éclipser pour aller raconter ça à Buck tout en mangeant un
Magnum blanc dont il me volera une bonne moitié.
Mais
c’était sans compter sur Madame.
- Mais
qu’est-ce que c’est que ce fioutu
bazar ?
Madame ne
dit jamais de gros mots, juste des dérivés.
-
Mère…
Jackson
vouvoie sa mère. Terrifiant. Je vous le jure !
- Je ne
sais pas, je ne les connais pas !
- Je ne
m’adressais pas à toi, mon fils, mais à ma supposée…
Belle-fille ! Crache-t-elle comme si le mot lui brûlait la
langue.
- Hé,
ho ! Me regardez pas comme ça, j’y suis pour rien,
moi ! Je n’ai pas demandé à ce que deux zigotos viennent
interrompre mon mariage ! Et qui me dit que ce n’est pas
vous, d’abord, qui êtes à l’origine de tout
ça ?
La
meilleure des défenses, c’est l’attaque, c’est
bien connu. Elle me regarde, outrée, mais je vois bien
qu’elle aurait aimé que ce soit le cas. Ainsi, elle aurait eu
le sentiment de sauver son fils de mon style de vie dépravée. Il
n’a jamais dû lui dire qu’il a perdu son pucelage dans
les vestiaires de son lycée en sautant l’entraîneuse des
cheerleaders contre son casier ! C’est véridique, il me
l’a dit et je la connais.
- Et bien
non, ce n’est pas de moi, mais j’aurais bien
aimé ! Vous n’êtes pas du tout faite pour mon fils, je
me tue à lui répéter…
- Et bah
tuez-vous plus !
- Comment
osez-vous ? S’emporte-t-elle.
-
J’ai vingt-huit ans, et y a longtemps que je ne rends plus de
compte à personne, alors c’est pas vous, avec votre sang
d’aristo, qui allez me faire peur ! Répliques-je du tac
au tac.
Moi,
caractérielle ?
Du
tout.
Mais je
déteste qu’on me marche sur les pieds et honnêtement, voir
mon compagnon s’écraser devant elle, ça me sort par les yeux.
Il a vingt-neuf et il est incapable de lui tenir tête. Il lui
trouve toujours une excuse !
- Excusez
nous, lance alors une voix charmeuse, un peu rauque.
- Si ça
ne vous dérange pas, nous voudrions parler à la mariée, ajoute une
autre, plus douce mais sans aucun doute masculine.
- Et pour
quelle raison ? Lance Jackson, en voyant les deux fauteurs de
trouble.
- Elle
est déjà fiancée, répond le premier, ce qui laisse tout le monde,
moi y compris, sur le cul.
- Et à
qui ? Demande Jackson, légèrement énervé.
- A nous
deux, répond le deuxième, tout sourire.
